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Le génocide de Srebrenica, mythe et réalité


Le lundi 06 avril 2020 à 11:41 #26051

Le génocide de Srebrenica, mythe et réalité

Ivar
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Inscription : 20 mars 2008
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Il y a deux problèmes, celui du négationnisme et celui d'une fausse version du génocide de Srebrenica :

1. Le négationnisme :

La majorité des négationnistes refuesnt de reconnaître le génocide de Srebrenica car ils estiment que les Serbes sont "victimes de l'impérialisme américain" et sont même prêts à inverser la sitaution en prétendant que ce sont les Serbes qui sont victimes et que le TPIY n'est qu'un "tribunal des vainqueurs".

Dans leur déni. certains invoquent que ce n'est pas un génocide car pas tous ont été tués. Ils veulent ainsi ignorer la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide adopté par l'Assemblée générale de l'ONU du 9 décembre 1948, qui stipule qu'un génocide est la destruction totale ou partielle d'un groupe X. Ils veulent aussi ignorer le Rapport sur "la chute de Srebrenica" présenté par Kofi Annan à l'Assemblée générale de l'ONU du 15 novembre 1999. Et bien sûr, ils écartent systématiquement les témoignages des survivants du génocide et aucun négationniste n'est venu sur place. Ils ne font en général que du copié-collé de propagande nationaliste serbe. Par conséquent aucun dialogue n'est possible avec les négationnistes.

Le problème aussi est que, contrairement au déni de la Shoah, les négationnistes du génocide de Srebrenica bénéficient de la complicité de certains juges, qui les protègent au nom de la "liberté d'expression".
Un avocat d'origine bosniaque en a fait l'amère expérience. Dans un 1er temps, il a obtenu du Tribunal tessinois la condamnation d'un négationniste, mais celui-ci a fait appel au Tribunal fédéral (la plus haute instance en Suisse) qui a cassé le jugement au nom de la "liberté d'expression" qui est de fait le droit de faire du coupé-collé de propagande nationaliste serbe. Même la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH)a ratifié cette décision, ce qui laisse les victimes du génocide de Srebrenica sans droit de plainte, ce qui constitue une grave injustice, d'autant plus qu'il y a des puissances étatiques du côté des négationnistes.

Cette lacune au niveau judiciaire confirme aussi l'abandon d'une protection internationale pour les survivants du génocide de Srebrenica, comme on a pu le constater avec le refus du Haut-Représentant Valentin Inzko d'intervenir en faveur des parents de Konjevic Polje (village bosniaque en République serbe) pour faire respecter leurs droits culturels, pourtant inscrits dans les Accords de Dayton.

Les dirigeants de la République serbe de Bosnie ont lancé une campagne de propagande pour nier le génocide de Srebrenica et inverser les faits en proclamant que ce sont les Serbes qui sont victimes, ceci pour endoctriner et embrigader la nouvelle génération de RS en vue d'une reprise du conflit par la sécession de la République serbe.
Les textes des négationnistes européens et américains sont ainsi publiés par les médias pour cautionner cette campagne de déni et présenter le "génocide de Srebrenica" comme étant de la propagande anti-serbe.

2. Le mythe d'un génocide "en quelques heures en ville de Srebrenica" :

Cette version est largement répandue dans les médias et sur internet, y compris dans Wikipedia, ce qui fait que même des jeunes bosniaques reprennent ce mythe, ignorant le témoignage des survivants du génocide.
Fin juillet 1995, Bernard Kouchner affirmait que suite à la prise de la ville de Srebrenica par les forces serbes, femmes et hommes ont été tués un à un en quelques heures dans la ville de Srebrenica.…
Pourquoi une telle déclaration ? Qui a intérêt à cacher les faits réels et à propager ce mythe ?

Il est donc nécessaire de contrer à la fois les négationnistes et les tenants de la fausse version, en se basant sur le témoignage des survivants du génocide. Nous conseillons donc de venir à la Marche pour la Paix de Nezuk à Srebrenica du 8 au 10 juillet. Durant cette Marche de 3 jours, qui s'effectue dans le sens inverse de la colonne des 14'000 hommes partis de Srebrenica le 11 juillet 1995 en direction de Nezuk, il est possible de rencontrer des survivants et de visionner sur le terrain ce qui s'est passé.
Seule environ 6000 des hommes de la colonne ont survécu, notamment les 3700 qui sont parvenus à Nezuk le 16 juillet (comme on peut le voir sur notre site Solidarité Bosnie).

Selon le témoignage des deux membres de Médecins sans frontière qui étaient présents lors de la chute de Srebrenica, il n'y a pas eu de massacre dans la ville de Srebrenica. Par contre, plusieurs centaines d'hommes ont été arrachés à leurs familles dans la base des Casques bleus de Potocari (à 4 km de Srebrenica) et exécutés à proximité.

Le 11 juillet 1995, les autorités de Srebrenica ont ordonné aux femmes, enfants et seniors, de descendre à la base de l'ONU à Potocari et aux hommes de monter au village de Sunsjari pour partir en direction de Nezuk.
Le femmes, enfants et seniors ont ensuite été déportés les 12 et 13 juillet en autocars et camions vers Kladanj, ville tenue par les forces de la République de Bosnie-Herzégovine. Mais quelques dizaines de femmes ont été violées et tuées, ainsi que des adolescents.

De Sunsjari, une colonne de 14'000 hommes s'est formée pour partir en direction de Nezuk au soir du 11 juillet. Le 12 juillet au petit matin, 4000 hommes, dont la moitié étaient armés de fusils de chasse et de kalachnikovs, sont partis en avant, pensant ouvrir la voie face aux forces serbes. Mais le danger est venu de côté et de l'arrière : Peu après les 10'000 civils restés dans la forêt de Buljim, ont été pris sous le feu d'une unité des forces serbes et ont subi un bombardement à l'artillerie depuis la route entre Bratunac et Konjevic POlje, faisant plusieurs milliers de morts et de blessés. La plupart des blessés n'ont pas pu poursuivre leur chemin, ne disposant d'aucun secours ni eau, ni nourriture. Quelques-uns ont eu la chance d'être transportés par leurs proches malgré leur fatigue.

Quelques centaines d'hommes ont alors décidé de se rendre aux forces serbes. Ils ont tous été exécutés, notamment dans un hangar agricole à Kravica. Plusieurs milliers d'hommes ont ensuite été capturés et exécutés en divers lieux de massacre. Cette capture a été facilitée par l'utilisation du gaz halluvcinogène BZ avec effet LSD, fourni par les USA à l'Armée yougoslave, projeté par des obus non-létaux et par l'empoisonnement de l'eau et des fontaines.

Les 2000 hommes armés, qui le 12 juillet sont arrivés sur le mont Udric n'ont pas pu intervenir pour protéger les civils qui étaient restés derrière la route entre Konjevic P0lje et Vlasenica. Ils ont attendu un jour avant de repartir en direction de Nezuk où ils ont du se battre pour passer trois lignes de front serbe et arriver à Nezuk le 16 juillet 1995.

Dès le 12 juillet, les civils ont alors été dispersés en petits groupes. Des centaines ont décidé de se rendre aux forces serbes et ont tous été exécutés (seuls deux survivants du hangar agricole de Kravica ont pu s'échapper et ont pu témoigner.
Des milliers d'autres ont été capturés par les forces serbes, souvent après avoir été pris sous les effets du gaz hallucinogènes BZ (qui avait été fourni par les USA) et ont été exécutés en masse dans plusieurs lieux situés au nord de Zvornik (et à Bratunac) et enfouis dans des charniers, notamment dans la vallée de Kamenica.

Environ 2000 rescapés sur les 10^000 civils se sont organisés en petits groupes pour pouvoir survivre et trouver la possibilité de passer les lignes de front serbes, des semaines, voir des mois plus trad.

Chaque année, le 13 juillet, les associations des femmes de Srebrenica font une tournée de ces lieux tragiques, où elles déposent des gerbes de fleurs. En 2015, grâce à la présence de nous autres internationaux, les femmes ont enfin pu déposer leurs gerbes de fleurs devant le hangar agricole de Kravica, interdit d'accès jusqu'alors par la police de la République serbe.

Il faut souligner que toute la région de Srebrenica était avant 1992 peuplée d'une majorité au 3/4 de population bosniaque (ce n'était pas du tout une enclave en territoire serbe ou orthodoxe). Les Accords de Dayton de décembre 1995 ont donné toute cette région à la République serbe, fondée par les auteurs du génocide Karadzic et Mladic. Cette complicité au niveau international est confirmée par le fait que Milosevic et Tudjman (présidents de la Serbie et Croatie) étaient signataires des Accords, qui faisaient suite à leur accord secret de Karadjordjevo en mars 1991 qui prévoyait déjà le dépeçage de la République de Bosnie-Herzégovine.

Les dirigeants des USA, du Royaume-Uni et de la France s'étaient également entendus en secret en mai 1995 pour ne pas défendre les "zones de sécurité" de l'ONU de Srebrenica et Zepa et ont ainsi tacitement donné le feu vert aux forces serbes pour s'emparer de ces régions, sacrifiant ainsi leur population afin de satisfaire les ambitions de conquête nationaliste serbe et ainsi mettre fin à la guerre.

Les Accords de Dayton ont autorisé le retour et la restitution des titres de propriété. Des milliers de Bosniaques, dont des centaines de survivants de Srebrenica ont ainsi reconstruits leurs maisons et relancer leurs cultures (la majorité étant des petits paysans, mais leur avenir est compromis par le fait que les dirigeants de la République serbe bloquent le développemenmt économique de cette région, pénalisant ainsi le rapprochement en cours des citoyens des deux communautés.

Depuis 6 ans, le chantier de reconstruction des Bains thermaux de Srebrenica est ainsi bloqué par Milorad Dodik, le patron de la RS et les représentants internationaux laissent faire….
Valentin Inzko, le Haut-Représentant chargé de l'application des Accords de Dayton a refusé d'appuyer la demande des parents de Konjevic Polje pour une réforme scolaire destinée à respecter leur culture, comme inscrit dans les Accords de Dayton. Il a refusé, alors qu'il nous tenait en 2014 un discours favorable aux initiatives citoyennes. Un exemple de plus de cette scandaleuse complicité destinée à faire partir les Bosniaques de RS. Les parents de Konjevic Polje ont ainsi ouvert leur propre école à Nova Kasaba, où l'éducation est correcte, rattachée au système d'enseignement de la Fédération de BH.

Il n'y a toujours pas d'enseigne signalant ce village, où l'église orthodoxe illégalement construite sur le terrain de Fata, une courageuse bosniaque, devrait être démolie et reconstruite ailleurs. Il n'y a en effet aucun habitant serbe à Konjevic Polje. L'église était juste là pour marquer la conquête de territoire.

Il est donc important de poursuivre notre solidarité avec les survivants du génocide et de soutenir aussi le processus de rapprochement entre les citoyen-ne-s des deux communautés. Une partie des habitants Bosno-serbes ont été amenés de force à Srebrenica, arrachés par les forces serbes à leur quartier de Garbavica à Sarajevo qui revenait à la Fédération de BH par les Accords de Dayton. Ce sont aussi des victimes de leurs propres dirigeants.

Chaque année, depuis l'an 2000, un important rassemblement a lieu le 11 juillet au Mémorial de Potocari en mémoire des 8370 victimes du génocide de Srebrenica. Mais le lieu dans le Mémorial où se trouve la documentation, des centaines de photos et textes explicatifs, ainsi que des films, est fermé au grand public. Seuls les ambassadeurs et associés ont le privilège d'y entrer. C'est vraiment désolent car il est important d'avoir accès aux documents pour pouvoir contrer à la fois les négationnistes et les fausses versions.
Pour la Marche pour la Paix (qui pourrait être annulée cette année en raison du Corona-virus) consultez la rubrique "Chemin de Paix".
Le vendredi 01 mai 2020 à 18:11 #26062

Le génocide de Srebrenica, mythe et réalité

Ivar
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Inscription : 20 mars 2008
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Je tiens à préciser qu'il y a une sérieuse discrimination et injustice de la part des tribunaux : le déni de l'extermination des juifs par le régime nazi (la Shoah) est quasi poursuivi d'office et les négationnistes sévèrement punis, alors que ceux qui nient le génocide de Srebrenica sont protégés par la "liberté d'expression".
Le prétexte souvent invoqué est le décalage au niveau du nombre des victimes : plusieurs millions d'un côté et 8370 de l'autre. Mais cette comparaison n'est pas correcte pour deux raisons :
- Premièrement, c'est l'ensemble des victimes du dit "nettoyage ethnique" qui devaient être prises en compte depuis le début de l'agression des forces serbes en avril 1992, soit environ 100'000 personnes, en très grande majorité des civils non armés.
- Deuxièmement, dans la Convention sur le génocide de 1948 (qui sert de référence) il n'est pas mention de nombre, mais de la destruction totale ou PARTIELLE d'un groupe X, ce qui correspond bien à la situation en Bosnie et particulièrement dans la région de Srebrenica.
- Troisièmement, il n'y a plus de menace d'extermination des juifs: mais par contre les Bosniaques, et surtout ceux et celles qui sont retournés dans leurs communes et sous-communes (comme Srebrenica, données par les Accords de Dayton à la République serbe) sont de nouveau sérieusement menacés par les dirigeants nationalistes serbes.
Les juges devraient donc respecter le Convention de prévention du génocide de 1948, en interdisant la propagande de soutien aux nationalistes serbes, qui passe notamment par le déni du génocide de Srebrenica. Cette propagande vise en effet à endoctriner et embrigader la nouvelle génération de la République serbe pour une nouvelle offensive au nom d'une sécession de la République serbe. Les juges n'étant en principe pas des imbéciles, ils ne peuvent donc pas ignorer cette menace. Il s'agit donc de facto d'une complicité cachée sous le prétexte de "liberté d'expression".
Contrairement à la diaspora juive, très attentive à faire respecter la condamnation du négationnisme envers la Shoah, la diaspora bosniaque (y compris la grande majorité des survivants du génocide de Srebrenica) reste malheureusement très passive. Et les mouvements de soutien qui ont émergé en Europe entre 1992 et 1995, ont disparu. Seule existe quelques associations comme la nôtre, regroupés dans Solidarité Internationale Bosnie Herzégovine (SIBH) en étroite relation avec les survivants du génocide qui refont leur vie dans la région de Srebrenica et avec lesquels nous marchons chaque année sur le Chemin de Paix entre Nezuk et Srebrenica.

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